Burkin’Harpe - Sensibilisation à la musicothérapie

Burkin’Harpe - Sensibilisation à la musicothérapie

 

Avant propos

A la fin de l’année 2014, je suis allée en voyage humanitaire au Burkina Faso pour 3 semaines. L’association « Y’a pas de Yélée » dont j’étais la secrétaire a réussi à réunir la somme pour le forage du puits dans la tribu Peulh de la région de Fada que nous retrouverons pour ce film.

Harpen’Co a fait plusieurs concerts de soutien et a participé au projet des « Monologues du vagin » - de Eve Ansler - qui a permis de réunir des fonds versés à l’association « Y’a pas de yélée » pour permettre aux petites filles et femmes d’une tribu peulh de ne pas parcourir 7km pour aller chercher de l’eau.

C’est durant ce premier voyage que j’ai rencontré Inoussa - MD Harodjah - Griot , qui est aussi le référent des griot de l’Est du Burkina. C’est pourquoi nous avons pensé à organiser une grande rencontre en faisant un appel aux griots du pays afin de pouvoir échanger sur nos pratiques ; la musicothérapie étant la prolongation d’une pratique qui existe depuis l’origine (nous le savons aujourd’hui - cf : « le cerveau musicien » B.Le Chevalier), pratique encore utilisée traditionnellement au Burkina.

Cette rencontre se poursuivra en « improvisation et communication sonore » puis, dans un atelier de détente sous induction musicale.

Inoussa intervient bénévolement à la Maison d’Arrêt et de Correction de Fada. Je propose de créer une session d’ateliers de musicothérapie avec les détenus 1 fois par semaine pendant 8 semaines.

Durant notre périple à Fada, nous aurons l’opportunité d’intervenir auprès d’enfants à la fois dans les orphelinats, les garderies d’enfants et pour les enfants Peulhs. Je propose de soumettre les ateliers que je pratique déjà en France dans ces endroits pour découvrir les différences de réactions - ou pas - liées à la Culture

Si cela est possible je souhaiterais intervenir ponctuellement auprès de patients dans le coma.

A la fin de notre séjour en 2014, mon petit frère a été hospitalisé à l’hôpital de Shiffra à Ougagoudou, le pays traversait alors une « guerre civile. A son chevet, j’ai été présentée en tant que musicothérapeute. Certains infirmiers ont sollicité une formation en musicothérapie. C’est avec l’accord de la Directrice, Marie-Claire Traoré, que je propose donc une sensibilisation à la musicothérapie la dernière semaine du tournage.

Nous pourrons d’une part proposer un apport théorique sous forme d’échanges mais aussi, une rencontre avec les patients de l’hôpital.


La rédaction des ateliers, des séances, du conte, des musiques et arrangements sera divulguée dans le scénario en cours d’écriture.

 

Rencontre avec les Griots

 

rencontre avec les griots

« Je suis griot car je chante l’histoire et transmets les bases de l’éducation traditionnelle au son de ma guitare africaine appelée chez nous KOGDUGU ou KUNDE.

J’ai eu la chance de revenir chez moi pour apprendre ma tradition afin de mieux la mettre en avant dans mes chansons. J’ai appris que je suis un SOGIN’NI - traducteur du chef - et un KOGD PUALO - joueur de guitare traditionnel ; c’est alors que j’ai compris que je ne me suis pas trompé de route.

Mais combien sont ceux qui par instinct ont voulu choisir d’être chanteur ou griot et ont été rejetés ? Car, selon les anciens, « ça n’amenait pas à table » (Au Burkina …).

Chez nous, les griots sont des tradi-praticiens ; ce sont également eux les gardiens des coutumes. Dans mon pays tout musicien n'est pas griot mais tout griot est musicien.

Aujourd’hui, avec la création du Bureau Burkinabé de Droit d'Auteur, les affiliés ont un statut de musiciens et sont reconnus à part entière.

Alors que pour devenir griot, il faut être initié.
Cette initiation consiste à apprendre la culture gourmantché mais c’est aussi un rituel d’initiation de passage d’enfant à homme.

La première étape est l’initiation de survie : pendant 3 mois – tous les 9 ans - nous apprenons à construire un habitat avec de la paille, vivre avec la nature sans vêtement - juste avec un cache sexe - sous le soleil et la pluie, à dormir au claire de lune, chasser avec un gourdin du gibier pour se nourrir, apprendre à chanter et danser traditionnellement et surtout apprendre à se connaitre.

Ensuite, la deuxième étape, l’initiation médicinale ; si l'initié le souhaite, il apprend à soigner par les plantes – herboriste. Cette étape demande des capacités intellectuelles.

Cela peut prendre le temps pour trouver sa spécialité – guérison des maux de ventre, des enfants, des personnes âgées… Ou bien, comme dans ma famille, j’ai hérité du don de soigner les plus petits enfants et je n’ai donc pas eu à choisir.
C’est à la fin de cette initiation que l’homme devient un tradipraticien c’est-à-dire un soigneur par les herbes ou par les écorces des arbres. Il est le médecin traditionnel tel qu’il existe depuis les temps anciens d’où son nom : le Tradipraticien
L’agrément de ce dernier rite permet d’obtenir son affiliation au Ministère de la Santé du Burkina.

Puis, viens la phase Griotique où on choisit son instrument de musique de prédilection et son nom de griot – MD Harodjah pour Inoussa. Harodjah signifie « l’homme qui a une âme ». Le griot est un maitre initiateur de la Culture - il est celui qui transmet ce qu'il a appris de l'histoire aux autres ; et il est aussi le « Bantiagou » – traduction littérale du gourmanchéma : soigneur par la musique.

Sa pratique est à plusieurs niveaux, il psalmodie l'histoire de la Culture, des ancêtres lors des fêtes traditionnelles, des baptêmes, des funérailles ect... Il accompagne les moments spirituels animistes dans les cultes et incantations en plus de son métier d’herboriste.
magie de l instantIl devient à son tour guide et initiateur. »

Inoussa – MD Harodjah lancera « un appel aux griots dans le pays »,
il est leur référent sur l’est du Burkina dans la région gourmantché de Fada.

Cette rencontre se fera au milieu de la nature sauvage et silencieuse de Tibari, elle sera seule garante de nos échanges. C’est une plaine colorée inaccessible en voiture, un lieu qui prête à la méditation. En effet, la pratique de griot est reliée au lien spirituel de ces initiés.

Nous échangerons autour de nos cultures – chacun amènera son propre interprète ; autour de notre pratique de soigneur par la médiation musicale mais aussi autour de nos musiques. La pratique de griot et de musicien n’étant pas dissociée : un griot est toujours musicien. Mais aujourd’hui, avec la création du Bureau Burkinabais des Droits d’Auteurs, tous les musiciens affilés ne sont plus tous griots.

Si nous, nous exprimerons aussi notre pratique en évoquant l’aspect neurologique, c’est avec beaucoup d’humilité que nous nous adapterons à leur repère en nous permettant d’évoquer si besoin, notre pratique dans un langage « énergétique ».

Après l’aspect théorique par nos échanges oraux, nous proposerons une improvisation et communication sonore propre au champ musicothérapeutique de notre pays avec enregistrement et réécoute selon les protocoles.

Le lendemain, nous proposerons une détente collective* - avec reprise verbale des ressentis - pour éviter les phénomènes de décompensation, nous avons choisi de le faire avec ces initiés.
* Projet en cours d’élaboration avec Ioana Lemoine – Musicothérapeute et thérapeute vocale

Le scénario ne pourra se construire qu’en temps réel, sur place, avec toute la magie de l’instant.